ET MAINTENANT? Hein, à quoi ça mène, tout ça?

16/04/2005

16/04/05 - 18:13

Plombier polonais et NON "péroniste"

À chaque campagne son homme au couteau entre les dents.
La campagne de 2002 avait eu le sien : le jeune Beur. Quand il ne s’apprêtait pas à rejoindre al-Qaïda en Afghanistan ou à se faire exploser dans un bus parisien, il brûlait des voitures tous les soirs en dealant pour rouler en BMW à Dammarie-les-Lys, avant d’aller tabasser des petits vieux. Il était « incivil », insultait les passants, taggait les murs. Et, bien entendu, forcément machiste comme tous les Méditerranéens, il tabassait des jeunes filles entre deux « tournantes ».

La campagne de 2005 a trouvé son croquemitaine : le plombier polonais. Il arrive, sur les ailes de la directive Bolkestein et de la Constitution, pour voler le travail des Français. Son cousin slovaque travaille dans une usine délocalisée ; lui, plus prédateur, vient prendre le pain des Français jusque chez eux. Il fera à coup sûr des semaines de 80 heures, payées au quart du SMIC. Comme, avant lui, les Italiens, les Espagnols, les Maghrébins et les Italiens, il porte la responsabilité de nos 10% de chômage et de notre million de RMIstes.
Sa pauvreté, son passé de 50 ans de dictature communiste, sa religion lui sont reprochés, comme à d’autres, au nom d’un discours colonialiste de « progrès » - qui vaut à la France, phare de l’humanité, d’être le maître étalon des droits de l’homme (et presque, aussi, de la femme), du modèle social, comme de toute chose. Gageons que cet attardé aussi bat sa femme. Sur l’échelle de l’arriération culturelle, son catholicisme, bien embarrassant, lui permet toutefois de se situer juste avant le Turc.

Qu’on voie dans le plombier polonais une raison de voter Non à la Constitution, cela dépasse l’entendement. Des plombiers polonais, il en existe déjà, bien avant la Constitution, ils ne l’ont pas attendue pour exister – et espérons pour eux – et aussi pour ceux qui en parlent si souvent – qu’il en existera après. D’ailleurs, comme le plombier polonais, il va peut-être voter Non, lui aussi.

Mais, quand on y pense, on se demande comment le plombier polonais peut à ce point faire peur. Qu’il continue à réparer les robinets de Varsovie pour un prix de misère, il n’y a pas de raison que l’on s’en soucie plus que par le passé – quoique, si une prestigieuse entreprise française, bien dotée en capitaux, pouvait s’implanter à Varsovie et l’embaucher, ça ferait un beau sujet d’orgueil national au 20 heures.
Quant à venir réparer les robinets parisiens (qui manquent de plombier) au prix de Varsovie, qu’il n’y compte pas trop. S’il travaille pour une petite entreprise polonaise, celle-ci pourra bien faire une prestation de services, mais, contrairement à ce que racontent les médias à longueur de journée au sujet de la directive Bolkestein, ce sera bien aux conditions des ouvriers français. Il pourrait imaginer venir à Paris, y créer sa propre entreprise, ou se faire embaucher par une entreprise française ; que les défenseurs des droits sociaux se rassurent, pas de danger : les traités d’adhésion des 10 pays adhérents ont créé, pour plusieurs années, des discriminations inédites dans l’histoire de la construction européenne, en privant les citoyens des nouveaux pays membres des libertés de circulation et d’établissement qui sont reconnues à tous les autres citoyens de l’Union.
Bref, il est assez inoffensif, le plombier polonais.

Voilà qui rassurera ceux qui, au nom de la défense des travailleurs, prônent en s’en cachant à peine, une forme de préférence nationale. La stigmatisation du plombier polonais, figure mythique de la destruction des droits sociaux, rappelle ces heures peu glorieuses d’un certain syndicalisme, qui a accusé les premières ouvrières de faire de la concurrence déloyale aux hommes, ou les Italiens de concurrencer les Français. Ce « socialisme national », attaché aux droits sociaux des siens – et, pour les autres, qu’ils se débrouillent et restent chez eux – n’a pas hésité à faire inscrire le principe de préférence nationale dans le statut des grandes entreprises publiques. Aujourd’hui, après avoir fait des citoyens des 10 nouveaux membres des citoyens de seconde zone de l’Union, il leur reproche d’exister et de se développer.

commentaires

16/04/05 - 18:33

Bien écrit !

16/04/05 - 19:07

J'applaudis des deux mains.

Allez, je suis tellement d'accord que je vais même applaudir des deux pieds.

16/04/05 - 19:19

Ce texte est un morceau de bravoure auquel je souscris tout à fait.

16/04/05 - 20:41

Pan dans les dents, bien vu!!!

17/04/05 - 13:26

Farkas les gens " intelligents" et "responsables" vont sûrement voter OUI, mais heureusement il n'y en a pas beaucoup.
Gniark Gniark Gniark

17/04/05 - 14:48

Il est EVIDENT que ce n'est pas la liberté de circulation du plombier polonais, en tant que travailleur, qui pose problème, c'est le fait que son employeur établi en Pologne (ou en en Tchéquie etc.) soit autorisé à le faire travailler en France (ou en R.F.A. etc.), mais aux conditions sociales polonaises, évidemment moins avantageuses pour lui. Que cette crainte soit fondée ou non (ce qui est une autre question), c'est celle-là dont font état de nombreux tenants du non de gauche, et non la crainte xénophobe d'une invasion de Polonais qui viendraient manger le pain des Français. Du reste, vu le bras de fer qui a eu lieu aux mois de décembre 2004 et janvier 2005 entre les syndicats suédois et une entreprise lettonne de B.T.P. qui venait faire travailler ses salariés en Suède, mais aux conditions lettonnes, et en se réclamant du principe de "libre concurrence" reconnu par l'U.E., cette crainte ne me paraît pas nécessairement infondée.

Par ailleurs, à ma connaissance, ce ne sont pas des syndicalistes qui ont demandé le report de la liberté de circulation des travailleurs des nouveaux entrants dans l'U.E., mais bien les gouvernements, toujours plus frileux pour accorder des droits aux citoyens qu'aux marchandises ou aux capitaux.

Je ne suis pas certain de comprendre qui est réellement visé dans ce post sous le vocable de "socialisme national", dont tu assimiles les représentants quasiment à des zélateurs du Front National (voire du "national-socialisme"?), mais si par cette expression tu entends l'ensemble des défenseurs du non de gauche, tu ne t'honores pas.

20/04/05 - 23:48

" (voire du "national-socialisme"?) " : hop, point Godwin !

03/05/05 - 14:07

Hmmm.

12/05/05 - 16:09

bien bien venez brave gens sur le forum
allez dans démocrates ou républicains?

18/05/05 - 16:44

bravo un blog de gauche européen et claviniste!tout ce que j'aime

21/05/05 - 19:14

Bravo !
Sur le meme sujet, un autre texte pas mal :
http://...
C'est la lettre d'un depute europeen a un plombier polonais !

Cheers

05/02/06 - 23:01



Vous faites totalement erreur :
Le "plombier polonais" n'est pas une invention des partisans du NON au TCE, c'est TOUT LE CONTRAIRE:
Cette expression à été inventée par Mr Frits Bolkestein, ( Partisan du OUI ), qui possède une résidence secondaire en France , et qui, ( en bon valet du libéralisme qu'il est ), cherchait un plombier au tarif polonais.
..Tout se tient et est donc très logique.

( Et les partisans du non n'ont pratiquement jamais utilisé cette image, l'expression "Dumping social" étant suffisamment claire. )
voir :

[www]

30/10/06 - 04:40

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