ET MAINTENANT? Hein, à quoi ça mène, tout ça?

31/05/2005

31/05/05 - 19:43

"J'arrête tout"

Pour ne plus avoir à expliquer pourquoi j'"arrête tout", je reproduis ici le courrier que j'ai envoyé hier à mon meilleur ami, et par ailleurs à celui avec qui j'ai le plus partagé, ces dernières années, ma passion politique.

"Cher A***,

« En » avoir parlé hier soir avec toi m’a un peu obligé de sortir de la bulle dans laquelle je me murais. C’est très pratique, en fait, dans ce genre de circonstances, d’avoir quelque chose de matériel à faire, comme compter des signatures. J’en avais déjà fait l’expérience en 2002. C’est un peu comme les gens qui font la vaisselle lors des deuils. Ca protège.

Donc, je mets le nez hors de la bulle. Enfin, plutôt pour replonger dedans aussitôt. Mais, cette fois-ci, avec conviction.

La vague de fond populiste et xénophobe qui monte depuis des années dans ce pays a gagné une première bataille. Ceux qui croient que c’est un vote progressiste se trompent : c’est le même pays qui vote Le Pen un peu plus chaque année ; le même pays où l’antisémitisme explose d’année en année ; le même pays qui s’est enthousiasmé pour Sarko, celui qui chasse les jeunes des cages d’escaliers, les prostituées des boulevards, et les mendiants des trottoirs ; le même pays qui bat ses femmes, qui brûle ses pédés, et qui arrache leur voile aux Bougnoules. Sans parler des électeurs de Le Pen, combien, parmi ceux qui ont voté Non hier, ont applaudi aux dérapages antisémites d’Attac et d’autres ? Combien ont donné libre cours, sous couvert de laïcité, à des torrents de haine anti-musulmane ? Combien ont crié leur peur de voir le plombier polonais et la pute slovaque ? Combien ont cru que des bandes ethniques allaient brûler leur voiture ?

A***, J***, d’autres m’ont dit : « Il faut qu’on se bouge. Il faut réagir, prendre les choses en main ». Je ne sais pas ce que tu feras, mais, pour moi, c’est fini. J’arrête tout : m’intéresser à tout ça, militer, même voter, je laisse tomber. Tu sais combien j’ai détesté l’apolitisme. Mais là, je ne vois pas pourquoi je continuerais.

En général, on se console des défaites comme ça, en disant que la lutte continue.

Là, j’arrête, parce que la partie est perdue. Les secousses sont de plus en plus rapprochées, de plus en plus fortes. Le « big one » est pour bientôt. On court – et de plus en plus vite – vers la fin. Je ne sais pas encore combien de temps on mettra pour y arriver, ni au terme de quelles péripéties, ni à quoi elle ressemblera (je penche pour un truc péroniste). Mais elle approche.

Notre « système » est épuisé à force de replâtrages. Une majorité veut tout faire péter. Elle y arrivera.

Pour moi, la lutte politique est devenue inutile. Rien ne pourra empêcher le flot de tout submerger. J’arrête tout, donc, parce ça ne servira à rien.

Et peut-être aussi parce que désormais, je m’en fous, parce que je ne me sens plus tenu par aucun devoir envers les autres. Ceux qui ont aboyé avec les loups ou ont moutonné veulent la merde. Ils l’auront. Qu’ils se démerdent. Je ne verserai pas une larme pour ceux qui ont menti, qui ont vociféré, qui ont jeté de la boue en guise d’argument. Ce pays se suicide, je ne peux pas l’empêcher, et je n’en ai pas vraiment envie.

Très concrètement, j’arrête donc de militer et de voter. Les infos, je ne suivrai que dans la mesure où, « professionnellement », j’y serai obligé.
Je continue à me préparer à la fonction publique, pour concrétiser mon boulot des dernières années. Et puis, dès que possible, hop, je me casse dans le privé, et à l’étranger. Dans le privé, pour ne pas me retrouver l’agent d’un appareil d’État qui sera demain aux mains de je ne sais qui. À l’étranger, des fois que la maladie n’ait pas atteint le monde entier.

J’espère que tu me comprendras.

Je t’embrasse

Yann

commentaires

31/05/05 - 19:46

Tu arrêtes même de voter ?

31/05/05 - 19:47

hého! Faut jamais laisser le dernier mot aux cons, faut se battre!

31/05/05 - 19:56

Le pire n'est jamais sûr.

Mais je partage l'inquiétude de Farkas. Il y a quelque chose de nihiliste dans ce pays depuis la déception laissée par la grande alternance de 1981. Et à chaque scrutin, cela grandit.

Il ne faut pas nous voiler la face. Il est possible (probable ?) que notre pays soit avant 10 ans livré à l'aventure.

Donc je te comprends même si j'espère que tu vas changer d'avis.

31/05/05 - 20:16

Je comprends l'onde de choc. Je comprends la colère. Je comprends l'égarement personnel.

L'analyse est excellente. Elle est réaliste.

Tu pourrais vraiment prendre du recul sans partir définitivement.

Je suis persuadé que tu reviendras sur ta décision. Il ne peut en être autrement.

Tu as fait la moitié du travail. Tu as admirablement qualifié la situation.

Tu t'arrêtes en chemin. Le service de l'Etat est multiforme, mais je suis sûr que la politique, que le goût de la chose publique te reviendra.

Une défaite, c'est dur, cela nous remet en cause.

Je respecte ta décision, mais je suis certain que tu retourneras à l'action politique, tôt ou tard.

31/05/05 - 20:18

Oh :-/

Tu sais, c'est un sentiment que je comprends. Je comprends parce que depuis 3 ans, il y a étrangement des comportements franco français qui me posent problème (tu sais qu'on est d'accord sur la voile contre le voile), parce que nulle part ailleurs, on ne résoud pas certains problèmes par la force (et on les résoud quand même! Et mieux...)

Dimanche soir, j'étais totalement déprimé. Déprimé, parce que j'ai l'intime conviction qu'on est dans une ambiance prérévolutionnaire, en France.

Mais par contre, je garde un espoir. Espoir qu'une alternance politique pourra refonder l'espoir en France.

Dans 2 ans... 2 ans d'immobilité, de rage, d'impuissance... Sans compter qu'on a beau critiqué le gouvernement des socialistes, on en oublie toujours les côtés positifs... Oubliés, la CMU, les 35 heures, le PACS, le LCE ... ET on parle de social traîtres, on use du mot libéralisme à qui mieux mieux...

Et surtout, on est irréaliste. Et on s'est coupé dimanche la seule possibilité de surmonter la crise nationale en s'engageant plus avant dans l'aventure continentale...

Mais il faut lutter, et je sais que tu ne pourras pas t'en empêcher. Fais une pause (je suis toujorus en pause depuis 2002, je te rappelle ^^, mais je reste attaché à mes convictions.. comme toi, je le sais!)

Courage!

On finira par en gagner, des élections.

31/05/05 - 20:19

(mon commentaire est écrit en un français plus que mauvais, pardon, fatigué :))

02/06/05 - 23:25

Ne faites pas comme Jospin ! "je me retire de la vie politique"... voyez comme il est obligé de revenir maintenant ... on essuie tous des revers dans notre vie professionnelle. Il est vrai aussi que la France est trés mal barrée ...

30/10/06 - 04:40

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Système politique du Cahier, de l'extrême-gauche à l'extrême-droite:

Parti Ouvrier Révolutionnaire - Forradalmi Munkas Part - Revolucni Delnicka Strana - Revolutionäre Arbeiterpartei: regroupe les courants marxistes et anarcho-syndicalistes. La ligne "classe contre classe" domine, mais n'empêche pas la conclusion d'accords de gouvernement avec la gauche dans certaines régions. Après de hauts niveaux au début de la République, le parti a longtemps stagné, avant d'opérer une constante remontée depuis le cahier VI.

Parti Socialiste - Szocialista Part - Socialistka Strana - Sozialistiche Partei: différentes sensibilités, du marxisme révisionniste à la social-démocratie, en incluant des éléments travaillistes et socialistes chrétiens. Après des débuts difficiles, s'est affirmé, à la faveur de la crise du PDE, comme le premier parti du pays, connaissant son apogée sous le long règne du Chancelier Neubourg, avant d'être concurrencé par les radicaux.

PR-RP-RS-RP: Parti Radical - Radikalis Part -Radikalni Strana -Radikale Partei: républicain, parlementaire, laïc; différentes nuances du transformisme social et du solidarisme. A été de toutes les coalitions qui ont dirigé la République. Depuis le cahier VI, s'est hissé à la tête du gouvernement.

Parti Démocratique de l'Entente - Egyesség Demokratikus Partja -Democraticka Strana Dohody - Demokratische Partei des Einverständnisses : laïc tempéré, partisan du statu quo socio-économique, à mi-chemin entre le gradualisme de la gauche et les revendications libérales. Après avoir dominé les débuts de la république, avant de décliner. Depuis qu'il ne dirige plus, le parti est constamment déchiré entre l'orientation à gauche, sous direction socialiste ou radicale, et l'orientation vers la coalition borugeoise.

Union Démocratique du Centre - Demokratikus Centrumunio -Demokraticka Svaz Stredu - Demokratische Zentrumunion: courant chrétien-démocrate, regroupant des éléments avancés ("modernisme", "évangélisme libéral", "christianisme ouvrier", "socialisme chrétien"), à l'origine de l'accord avec la gauche dans le Cahier VI, et des éléments très conservateurs ("action catholique").

Union Libérale -Liberalis Union - Liberalni Svaz - Freie Union: petit parti (en convalescence après avoir failli sombrer), incarnant un libéralisme de combat. A pour la première fois obtenu un portefeuille ministériel dans le gouvernement Horn.

Union Républicaine Conservatrice - Konszervativ Köztarsasagi Egyesület - Konzervativ Republikanské Sjedoceni - Konzervative Republikane Verein: représente la droite républicaine, conservatrice mais réservée à l'égard des propositions libérales les plus hardies. Parti dont l'audience a longtemps été faible, mais qui s'est imposé depuis la 5ème législature comme le premier parti de droite.

Parti d'Action Nationale - Nemzeti akcio partja (mais Nap, car ça veut dire "Jour") - Strana Narodni Cinnosti-Partei für die Nationale Tätigkeit: regroupe divers éléments d'une extrême-droite qui refuse le régime: nostalgiques de l'empire, populistes partisans d'un pouvoir fort, catholiques intransigeants, aristocrates élitistes, ultranationalistes, modernistes prônant un dépassement du socialisme et du capitalisme. Malgré l'attitude radicale de son mouvement de jeunesse Nouveau Jour, le parti accepte le jeu parlementaire, et a même participé à des coalitions régionales avec le centre-droit. Popularité très variable.

Parce que, la Réforme, c'est aussi du rêve, et la conscience des profondeurs en nous:
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