ET MAINTENANT? Hein, à quoi ça mène, tout ça?

13/09/2005

13/09/05 - 11:53

Régression romantique

"Je suis d'accord pour être réaliste. A condition, comme le dit le Che, de demander l'impossible" (Olivier Besancenot).

Cela me rappelle le souvenir, à l'époque où j'avais une certaine sympathie pour le PC, d'avoir assisté à une réunion avec Buffet. Pendant deux heures, on a parlé de "redonner du sens à la politique", "refonder à gauche", "retrouver l'espoir", et aussi de "rapprocher la gauche et les classes populaires" (NB: et ce, devant un parterre de normaliens, dans le 5ème arrondissement).
En deux heures, une seule proposition concrète (un revenu minimum de 1500 €).

Marie-Georges a clairement assumé le terme d'"utopie". Une représentante d'une association de chômeurs, qui l'accompagnait, a même poussé un peu plus loin: "Et pourquoi n'essayerions-nous pas, tous ensemble, d'imaginer une société sans argent?"

Qu'un parti se revendiquant comme communiste, prône l'utopie et refuse l'économie, c'est, au regard de la tradition marxiste, le signe d'une déliquescence idéologique mortelle.
Référence au Che, utopisme revendiqué, anti-économisme, programme cotonneux, socialisme "féodal" et ruralisme nostalgique: l'extrême-gauche est en pleine régression romantique, alors même qu'elle s'était construite dans l'opposition au romantisme politique.

Le romantisme politique, ce sont les révolutions ratées et écrasées, en 1848, en France, en Allemagne, en Italie, en Hongrie. Marx n'a pas eu de mots assez durs à l'égard des révolutions romantiques et des socialismes utopiques, mouvements passéistes et empreints d'idéalisme, condamnés à l'impuissance.

Bourdieu fustigeait aussi l'utopisme, forme politique pré-moderne, reposant sur une croyance magique dans l'action politique performative - il suffit de dire pour que cela existe -, opposée à l'action politique réelle, qui part de la connaissance du possible pour transformer le réel.

L'utopisme sert de voile à une inconsistance programmatique, qui mettrait dans l'embarras ces révolutionnaires, comme leurs prédecesseurs quarante-huitards, s'ils arrivaient au pouvoir, mais qui est nécessaire pour permettre d'attraper les revendications confuses de l'air du temps.
Mais en outre, il fait le jeu de l'ordre existant, en détournant l'action politique des enjeux concrets des rapports de classe, au profit des mythes qu'il agite pour la fin des temps (la société sans argent).

Il est tragique que, au moment où elle semble en résurrection dans l'opinion, l'extrême-gauche ne soit pas autre chose que ce désert idéologique.

commentaires

13/09/05 - 12:01

Très intéressant, tout ça.

13/09/05 - 12:14

:o)

13/09/05 - 12:24

Franchement, je te jure, il y a des passages, on dirait du Bordiga. C'est beau. Sauf que Bordiga (en s'appuyant sur Lénine dans Que faire ?) dirait qu'un vrai marxiste se doit précisément d'être anti-économiste parce que l'économisme réduit le marxisme à une simple théorie mécaniste non dialectique.

13/09/05 - 12:49

Euh, c'est qui, Bordiga ? :o)

13/09/05 - 13:17

La dialectique a quelque chose de rassurant, par sa simplicité schématique ; elle en a aussi les revers, du fait même de sa simplicité schématique : elle enferme le réel dans des modèles théoriques simplificateurs, à partir de postulats discutables...
Le désert idéologique ne concerne pas seulement l'extrême-gauche, mais la gauche toute entière, en particulier la social-démocratie. C'est bien triste. Il conviendrait, peut-être, de s'attacher à inventer, plutôt que de nouvelles utopies, de véritables "hétérotopies", prenant en compte le réel pour le transformer.

13/09/05 - 14:14

Moi, je trouve qu'au contraire la dialectique est d'une inégalable sophistication, en tout cas je ne pense pas pour ma part avoir appréhendé le quart de sa signification, de son étendue et de sa portée. Et je ne suis pas d'accord pour dire qu'elle « enferme le réel dans des modèles théoriques simplificateurs » : au contraire, elle n'est que fragilité et tension perpétuelle, que complexification du réel. Ce que je ressens, c'est que tant que les impasses philosophiques se résumeront en une confrontation banalement dualiste (âme/corps, idée/matière, théorie/pratique, infini/fini...), alors la dialectique sera toujours une clef d'entrée, fragile et difficile à manipuler mais incroyablement pertinente pour résoudre des problèmes dans des domaines aussi variés que la métaphysique, l'esthétique ou la politique. Et pour revenir au marxisme, je suis par exemple parfaitement persuadé que TOUS les groupuscules politiques qui se réclament de cette école philosophiques (trotskystes, maoïstes et sous familles...) et qui s'excommunient les uns les autres divergent sur leur interpréation, à un moment donné, de l'« instant » dialectique (rôle du parti, rôle des luttes purement économiques,statut de l'intervention politique...).

13/09/05 - 14:23

Comité, comment tu te la joues ! Comment t'es intelligent ! Comment t'es brillant ! Mais surtout comment tu fais pour parler aussi bien après des années et des années d'inactivité cérébrale ?

13/09/05 - 14:36

Putain, c'est clair, je me la joue trop. Mais quand je parle de Bordiga, je me pisse dessus.

13/09/05 - 15:02

Et pour que Népo sache ce qu'est Bordiga -> http://...

13/09/05 - 15:05

Comité, je t'ai déjà dit que tu me foutais la trique?

13/09/05 - 15:09

Là, j'ai comme l'impression que mon clébard se fout de ma gueule.

13/09/05 - 15:17

Baston?

13/09/05 - 15:38

Reprenons certains éléments de dialogue hors contexte, si vous le voulez bien, et oublions pour un instant tout ce qui relève de nos pseudos et de nos relations :

"Comité, je t'ai déjà dit que tu me foutais la trique?"

"Là, j'ai comme l'impression que mon clébard se fout de ma gueule."

13/09/05 - 15:51

Bordiga, c'est le fondateur du parti communiste italien exclu très vite parce qu'il s'était opposé à Staline mais il n'a jamais rejoint les rangs trotskystes. Il s'est retiré et a fondé après la guerre un infra-groupuscule d'extrême-gauche orthodoxe antistalinien et antitrotskyste composé d'agrégatifs de philo (modestement appelé le « parti communiste international ») dans lequel il a pondu des textes d'une rigidité théorique effrayante mais en même temps extrêmement drôles. Je l'aime.

13/09/05 - 16:01

1) La question que je voulais te poser, Comité, c'est de savoir s'il y a un lien avec Il Manifesto, et, si oui, lequel.

2) Le contexte trivialise tout, Seunoupe.

13/09/05 - 16:34

1) Merci, Comité central !

2) Intermède publicitaire, pour ceux qui n'auraient pas encore subi ce post : http://...

13/09/05 - 16:40

Non, il n'y a aucun lien entre Bordiga et Il Manifesto autre que d'éventuels transfuges isolés. Je crois qu'à l'origine d'Il Manifesto on trouve un groupe d'étudiants maoïstes italiens.

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Système politique du Cahier, de l'extrême-gauche à l'extrême-droite:

Parti Ouvrier Révolutionnaire - Forradalmi Munkas Part - Revolucni Delnicka Strana - Revolutionäre Arbeiterpartei: regroupe les courants marxistes et anarcho-syndicalistes. La ligne "classe contre classe" domine, mais n'empêche pas la conclusion d'accords de gouvernement avec la gauche dans certaines régions. Après de hauts niveaux au début de la République, le parti a longtemps stagné, avant d'opérer une constante remontée depuis le cahier VI.

Parti Socialiste - Szocialista Part - Socialistka Strana - Sozialistiche Partei: différentes sensibilités, du marxisme révisionniste à la social-démocratie, en incluant des éléments travaillistes et socialistes chrétiens. Après des débuts difficiles, s'est affirmé, à la faveur de la crise du PDE, comme le premier parti du pays, connaissant son apogée sous le long règne du Chancelier Neubourg, avant d'être concurrencé par les radicaux.

PR-RP-RS-RP: Parti Radical - Radikalis Part -Radikalni Strana -Radikale Partei: républicain, parlementaire, laïc; différentes nuances du transformisme social et du solidarisme. A été de toutes les coalitions qui ont dirigé la République. Depuis le cahier VI, s'est hissé à la tête du gouvernement.

Parti Démocratique de l'Entente - Egyesség Demokratikus Partja -Democraticka Strana Dohody - Demokratische Partei des Einverständnisses : laïc tempéré, partisan du statu quo socio-économique, à mi-chemin entre le gradualisme de la gauche et les revendications libérales. Après avoir dominé les débuts de la république, avant de décliner. Depuis qu'il ne dirige plus, le parti est constamment déchiré entre l'orientation à gauche, sous direction socialiste ou radicale, et l'orientation vers la coalition borugeoise.

Union Démocratique du Centre - Demokratikus Centrumunio -Demokraticka Svaz Stredu - Demokratische Zentrumunion: courant chrétien-démocrate, regroupant des éléments avancés ("modernisme", "évangélisme libéral", "christianisme ouvrier", "socialisme chrétien"), à l'origine de l'accord avec la gauche dans le Cahier VI, et des éléments très conservateurs ("action catholique").

Union Libérale -Liberalis Union - Liberalni Svaz - Freie Union: petit parti (en convalescence après avoir failli sombrer), incarnant un libéralisme de combat. A pour la première fois obtenu un portefeuille ministériel dans le gouvernement Horn.

Union Républicaine Conservatrice - Konszervativ Köztarsasagi Egyesület - Konzervativ Republikanské Sjedoceni - Konzervative Republikane Verein: représente la droite républicaine, conservatrice mais réservée à l'égard des propositions libérales les plus hardies. Parti dont l'audience a longtemps été faible, mais qui s'est imposé depuis la 5ème législature comme le premier parti de droite.

Parti d'Action Nationale - Nemzeti akcio partja (mais Nap, car ça veut dire "Jour") - Strana Narodni Cinnosti-Partei für die Nationale Tätigkeit: regroupe divers éléments d'une extrême-droite qui refuse le régime: nostalgiques de l'empire, populistes partisans d'un pouvoir fort, catholiques intransigeants, aristocrates élitistes, ultranationalistes, modernistes prônant un dépassement du socialisme et du capitalisme. Malgré l'attitude radicale de son mouvement de jeunesse Nouveau Jour, le parti accepte le jeu parlementaire, et a même participé à des coalitions régionales avec le centre-droit. Popularité très variable.

Parce que, la Réforme, c'est aussi du rêve, et la conscience des profondeurs en nous:
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http://... Une Gerboise, ça mord